dimanche 12 février 2012

LES GRANDES INVASIONS (Pastel à l'huile, 21x15 cm, 2005)

LES  GRANDES  INVASIONS

Un jour, mon bon vieux maître d’école
Crut me poser, encore, une colle :
« Vous… Parlez-nous donc, je vous en prie,
Me déclara-t-il, non sans mépris,
Des derniers jours du règne de Rome,
De tous ces Barbares qui, en somme,
L’ont envahi et, ainsi, détruit
Sans vergogne, tous les nobles fruits
De cette civilisation antique
Que nous héritâmes de l’Attique. »

« Monsieur, vous me parlez là des Goths
Qui ont pris à Rome son magot
Et parlaient tous un drôle d’argot
Bien qu’il faille faire un distinguo
Parmi ces pillards, ces mendigots :
Tous ces envahisseurs, des gogos
À gages, des dingues du flingot,
Comptaient, parmi eux, les Parigots 
Qui vinrent, par chez nous, en cargo ;
En Bourgogne, c’est les Escargots
Et, à Cauterets, les Berlingots.
Il y eut aussi les Wisigoths,
Menés par un vieux cagot, Turgot,
Qui étaient de drôles d’ostrogoths,
Des démago' qui aimaient le tango,
Fléau pire que peste ou ergot,
Mais auraient découvert le Congo
Et fondé, en passant, Chicago.

 Il y a eu, aussi, chez ces Goths,
Ces obscurs danseurs de fandango
Qui auraient envahi, tout de go,
La Basquie et, on croit, le Togo ;
Créé Glasgow et l’ “Santiago”,
Le bar du boulevard Arago.
En Espagne ‘y en eut à gogo
De ces sauvages : les Hidalgos,
Fiers, toujours campés sur leurs ergots,
Qui plaisaient aux Suzon, aux Margot,
Et, mieux, les terribles Viragos,
Tout’ bardées de rubans indigos,
Moins redoutables que les Bigots,
Des drogués, tous fumeurs de fagots.
En Afrique, il y eut des Marigots,
Mangeurs de sorgho et d’alligot,
M’a-t-on dit, à tire larigot !

Même nous, nous avons eu nos Goths
Et des sournois, sans alter ego,
Comme les terribles Vertigos
Des qui attaquaient dans l’dos, largo,
Comme les coriaces Lumbagos.
Au village, vinrent les Ragots,
Les impitoyables Embargos ;
Dans la boucherie, les p’tits Gigots,
À la bibli’ c’étaient les Hugo,
Dans les night-clubs Madrigaux ou Pogos
Et, dans les banques, les gros Lingots ;
Dans nos maisons, les Impétigos,
Dans les cendriers les Mégots…
Et, dans nos cuisines, les Frigos
Ou les très cruels Boeufs Marengo
Et en chambre, les boîtes de Légo.
Voilà, Monsieur, qui étaient les Goths,
Ceci dit, sans  flatter mon ego ! »

Alors, mon bon vieux maître d’école
M’attribua des heures de colle :
« Certes, vos dires sont sans égaux
Mais vous me paraissez bien nigaud
Si vous me prenez pour une pomme !…
Car, moi, je saurais être votre homme :
Vos loisirs vont devenir frugaux
Si vous rejouez au saligaud,
- Cousin des Goths ! - avec vos tactiques
Pour rendre ma classe chaotique ! »

vendredi 10 février 2012

LE SENS DU CENS (Acrylique sur papier, 21x15 cm, 2010)

LE  SENS  DU  CENS

Dans la lumière crue des phares,
Parée de ta peau nue de fards
Que tes jours teignent en blafard,
Parmi les klaxons qui fanfarent
Cete nuit, fleur de nénuphar
Que rien ni personne n’effare,
Tu pars oublier ton cafard
Parmi les soiffards, les chauffards,
Dans la lumière crue des phares…

mercredi 8 février 2012

QUAND L'ÉTÉ VERNISSE TUNIS... (Aquarelle & collages, 29x22 cm, 2008)

QUAND  L’ÉTÉ  VERNISSE  TUNIS…

Le ciel et le sol sont des palimpsestes
Où s’écrit l’histoire de mille vies
Entremêlant le souk et l’Almageste,
Des fantasias, les beys et leurs nervis.
Au-delà des porches aux portes closes,
L’ombre et l’ambre habillent les murs chaulés ;
Une  lumière crue partout s’impose
Dans la Médina prête à somnoler.
Un luth s’accordant à une guitare
Envahit la ville qui s’est vidée :
L’air chauffe comme au pays des Tartares
Et brouille nos sens comme nos idées.
Fleurant l’oranger, poudrées de cannelle,
Les cours intérieures se sont parées
De bassins murmurant leur ritournelle,
De petits jardins aux verts chamarrés.
Sous le kiosque, on déguste une grenade
Ou une tasse de café sucré.
Une carafe emplie de limonade
Rafraîchit ce petit îlot secret,
Caché loin des gourbis où, pêle-mêle,
Ont été entassés des matelas
Alors que d’autres battent la semelle
On s’enivre de jasmin, de lilas…

lundi 6 février 2012

CHAMPAGNE ! (Acrylique sur bois, 92x83 cm, 2002)


CHAMPAGNE   !

      La flûte limpide s’embue de rosée et sue de timides reflets d’or irisés qui gisent et qui grisent : l’or blanc furtif de ces soleils fugitifs console en larmoyant ces aubes où s’ébauchent défaites et rossées, désole en chatoyant ces crépuscules où basculent les fêtes arrosées.
    À travers ce prisme émouvant d’ambre pâle et mouvant, je vois le rance du monde en transparence : des bulles pareilles à nos vies, si vides et avides, évoluent avec volupté en volutes vertueuses vers des ciels vertigineux, éventent leur verve sur des verticales improbables à l’assaut d’un linceul immaculé de mousse légère qui s’émousse aux caresses passagères de cet envol tout en voltiges. Puis, après leur silencieuse ascension, à bout de souffle, elles pétillent et scintillent, explosant dans une extase discrète et brillante à l’orée cristalline du breuvage beige.

samedi 4 février 2012

LA CURIEUSE (Acrylique sur toile, 55x38 cm, 2008 - Collection particulière)

LA  CURIEUSE   (ou Le délit délicieux)

À un fenestrou entrebâillé sans pudeur,
Elle plisse son nez. Est-ce par jeu, par caprice ?
Et tous ses sens s’éveillent à cette baie qui bée,
Où ne se musse plus de douce mousse baie ;
À l’âge où on ne confesse plus sa malice,
L’espiègle du soleil veut tromper les ardeurs.

Comme pour glaner, tel un simple maraudeur,
Le luxe et la volupté d’un secret délice,
Comme pour sentir, palper des pulsions impies,
La respiration de passions inassoupies,
Les doigts au bord de cette ouverture complice,
Elle hume la tiédeur ombrée des profondeurs.

De cette intimité elle goûte encor’ l’odeur…
Puis, hors de ses lèvres humides et ourlées, se glissent
Aux contours de la trouée, sous ses doigts mouillés,
Sueur salée, saveurs suaves, dépouillées.
Ses longs doigts lisses de prédatrice coulissent,
S’immiscent en cachette dans la sombre splendeur.

jeudi 2 février 2012

UNE NUIT DES BEAUX JOURS (Acrylique sur toile, 41x33 cm, 2006)

UNE  NUIT  DES  BEAUX  JOURS
Cycle toulousain

Mon ami, toi qui es aveugle aux ciels changeants,
Sourd aux aveux du vent, sais-tu plus engageant
Que ces heures estivales on ne peut plus tardives,
Qui, aux lueurs d’incendie du couchant, survivent ?!

Ça bourdonne et chuinte sans discontinuité…
Au milieu des murs ruinés aux mûres fruitées,
Une promiscuité de murmures s’ébruite :
On croasse, on fourmille, on grésille, on stridule,…
Roulant sa rumeur dans les souffles qui s’annuitent, 
L’habile écho de ce babil, seul, se module.
Chuchotante et bruissante en son exiguïté,
 La male humeur du rû est sans ambiguïté…

Mon Midi à minuit bruit à demi, frémit,
Cricrite, craque ou croque,… Viendra l’accalmie 
Dans l’éther lourd où court l’écho sourd d’une cloche ?
Roseaux jaseurs, osiers causeurs se font fantômes ;
Un brin de bruyère se brise et s’effiloche ;
Là, on fouille, on gratte ; ça couine dans les chaumes.
Soudain l’air susurre, frisson ou friselis,
Se froisse au frôlement d’ailes qui se déplient.

Loin des étreintes du bitume et du béton
Enfantant la mort dans des brumes de laiton,
Loin des cris qui grincent là où crissent les craintes,
Sous leurs ciels de lit où des infinis scintillent,
Au-delà des plantées de platanes d’astreinte,
Ces nuits d’été sont mon adresse et mes Antilles
Jusqu’à ce qu’un matin paresse à l’horizon,
Éteignant de son feu tous les tons du gazon.

Mon ami, toi si négligent aux ciels changeants
Comme aux aveux du vent, fais-toi plus diligent
Envers ces sons que le silence a pour convives,
Mélodies fugitives ou harmonies furtives…

lundi 30 janvier 2012

MON CHEMIN (Dessin à l'encre, 16,5x10,5 cm, 2005 - Collection particulière)


MON  CHEMIN

Parcourant les pistes qu’offrait l’enfance,
J’écoutais le vent qui volait le temps,
Le prenant, le pressant, le mettant en souffrance.
 Comm’ lui, j’avais l’âge de déraison battant
Tout’ les campagnes d’un présent trop vaste
Et trop plein où rien d’autre n’importait
Que la joie et les jeux, les rires, les goûters,…
Rien ne me paraissait vraiment noir ni néfaste
Hormis les hauts murs de cette prison
Que l’on appelait déjà la Raison
Et les rets de cette réalité trop triste,
Dont les arrêts, par trop, s’la jouaient rigoristes…

En attendant de franchir le perron,
Je fais le luron et le fanfaron :
Je vis une vie ennuyeuse,
Que je rendrais soyeuse et mieux joyeuse !
En attendant de franchir le perron,
Je dévore, seul, le Décaméron…

Au passage des jours de ma jeunesse,
Moi, j’étais le vent et j’avais le temps.
Je me moquais du bien, des biens, du droit d’aînesse,
Des principes et des conventions tout autant…
Je me rêvais et puis, comme cheval se cabre,
Battais les bois aux buissons tout bruissants
Farfouillant le fouillis des taillis. Tout-puissants,
Mes désirs, mon plaisir m’étaient haches et sabre
Et me taillaient des sentiers bien grossiers
Que tout seul, j’arpentais, en initié ;
Ils m’ouvraient une voie par d’insolentes sentes
Que je croyais - que je voulais ! - plus qu’indécentes…

En attendant d’entrer dans le giron
D’un train-train quotidien qui vous corrompt,
Je vis une vie merveilleuse
Que rien, jamais ne peut mettre en veilleuse.
En attendant d’entrer dans le giron
D’habitudes qui m’feront percheron…

Ensuit’, par les allées de mon bel âge,
J’ai couru après le vent fou car mon temps
Se perdait trop loin des rumeurs et des tapages,
En archipels ou bien en chapelets d’instants…
J’allais sans allant, en marchant, au pire,
Sur un chemin droit, pavé de devoirs,
Plus rarement d’espoirs, de rêves, de pouvoirs
Mais, bien entendu, car tout cela va sans dire,
De vouloirs, jamais. Mais je progressais
Bridé et, pis, mis au pas cadencé
Par ceux qui règnent et tirent leur certitude
De nos faiblesses, nos peurs et nos inquiétudes…

En attendant d’avoir un peu plus d’ronds,
Je reste un sous-fifre, humble tâcheron,
Je vis une vie ennuyeuse,
Enchaînée, morne, travailleuse…
En attendant d’avoir un peu plus d’ronds,
Ma vie fait ronron, elle tourne en rond…

Sur le sombre chemin de la vieillesse,
Le vent toujours me précède, le temps
Me poursuit sans aucun remords ni gentillesse ;
Il me pousse devant souvent en s’irritant
De ma lenteur. C’est bien vrai que je traîne,
Je me rappelle, tout en avançant
Sous le couvert grinçant, d’arbres noirs, agaçants,
Comme ces souvenirs que, tant de fois, j’égrène
Tout seul, quand, comme d’hab’, je viens et je vais,
Las d’aller mon train quand, vous, vous vivez…
Mais, chaqu’ jour qui passe, effeuille la moire
D’ceux que n’a pas élagués ma mémoire !

En attendant de tenir l’aviron
De la barque chargée du vieux Charon,
Je vis une vie en veilleuse
Que, d’aucuns, pensent merveilleuse…
En attendant de tenir l’aviron,
De vivre l’instant où tout s’interrompt.

samedi 28 janvier 2012

LA REQUÊTE (Acrylique sur toile, 41x33 cm, 2006)


LA   REQUÊTE

Y a-t-il, quelque part, un Dieu pour essuyer
Les larmes de celles qui n’ont pu être mères ?
Qui m’offrira une épaule pour m’appuyer
De toute la douleur de mon âme ébranlée ?
Qui donc apaisera cette souffrance amère
Qui me déchire le ventre, comme empalé ?
Qui, désormais, viendra ? Qui me restera proche
En m’épargnant griefs, compassion et reproches ?

Une faute, un péché ou bien mon cœur de roche,
Voilà tout ce que je suis en train de “payer” !
Car, à seize ans, aimer c’est être dévoyée…
Mais mon amour enfui vaut le tien, Tournebroche !

Dans cet hôpital, mon “crime” sera complet.
Sans main amie pour m’aider à panser ma plaie,
Pour distraire ces regards hostiles, appuyés :
Je vais rendre une vie qui éclôt éphémère…
Y a-t-il, quelque part, un Dieu pour essuyer,
Les larmes de celles qui n’ont su être mère ?