mercredi 10 octobre 2012

DU BANC AU BAN (Dessin à l'encre & acrylique sur bois, 16,5x10,5 cm, 2002)

DU  BANC  AU  BAN

Ne plus penser ne pas parler juste rêver
Et se soustraire au temps aux bourgeons renaissants
Reposer son ennui sous le vent qui affleure
Au tronc des catalpas à nouveau innervés
Désapprendre la nuit et oublier les leurres
Être seuls un instant au milieu des passants
Puis croire comme antan aux baisers innocents
Ne pas penser ne plus parler juste rêver
Loin de ce qui détruit chimères et gageures
Qui nous font un trépas quand on veut se sauver
Fuir le tic-tac sans fruit et le diktat de l’heure
Renaître à ce printemps nos deux cœurs s’enlaçant
Parmi ces habitants dont les regards absents
Évitent ceux d’autrui qui parfois les effleurent
Ne pas penser ne plus parler juste rêver
Ne plus perdre nos pas dans la foule énervée
Oublier qui nous nuit et ce qui nous écœure
En restant au mitan de ce banc pâlissant
Oc échapper longtemps au rouleau incessant
D’un trafic qui construit un mur de gaz qui fleure
La Faux dont les appâts sont ici avivés
Ne pas penser ne plus parler juste rêver
Ignorer que ne luit qu’un astre en chantepleure
Et ce rythme éreintant qui nous casse en lassant
Sans se presser autant que le flot saisissant
Des mêlées que démêle un ciel si las qu’il pleure
Aller là où conduit un jour qui ne demeure
Jamais qui pas à pas cesse de nous couver
Ne pas penser ne plus parler juste rêver
Quand la rue va pourtant criant crisant crissant
Aller se déroutant dans la nuit qui descend
Sur des instants enfuis quand le silence apeure
Ceux qui jouent des compas qui se veulent arrivés
- Tant qu’il y a du bruit c’est que la vie demeure -
Et marcher tant et tant dans le soir caressant
Ne pas penser ne plus parler juste rêver…

lundi 8 octobre 2012

YAOUNDÉ (Acrylique sur toile, 73x60 cm, 2008)

 
YAOUNDÉ

Comme une ogresse insatiable,
La ville a mis à sa table
Cette forêt héritée,
Par nos pères habitée
En clairières agréables.
Tous ces arbres immuables
Sont, désormais, misérables,
Leur lisière grignotée
Par la faim impitoyable,
La croissance inégalable
De la vorace cité.
En taudis indécrottables
En immeubles confortables
Yaoundé, infatigable,
Avale fourrés, futaie
D’un appétit formidable,
Comme une ogresse insatiable.
Tentacules effroyables
Bâfrant les bois admirables,
Les rues avancent, butées.
Des îlots inextricables
Rappellent l’inexcusable
Orgie de proximité.
La ville au ventre enviable
Engloutit, c’est incroyable,
Avec force avidité
Tout ce qui a résisté
Du couvert impénétrable
Comme une ogresse insatiable.

samedi 6 octobre 2012

NUIT ÉTOILÉE (Acrylique sur bois, 25x42 cm, 1995)

NUIT  ÉTOILÉE
Cycle pyrénéen

Sur la toile d’une nuit étoilée,
Baigné des chaudes senteurs estivales,
Le voile du ciel nous a dévoilé
Des poussières de lumière en semis,
Essaimées sur des rives sans rivales
Coiffant les monts à demi endormis…

jeudi 4 octobre 2012

BRASILEIRA (Poupée en boîte, 30x37,5x7 cm, 2010)

BRASILEIRA
Carioca, ma sœur par l’âme,
Ton monde est toujours mouvant
 - Carnaval métis et vivant,
Samba, football, bossa et femmes,… -
L’Eldorado est au Brésil,
Sèches ces larmes sous tes cils :
Voici que te viennent les vents
Qui feront flotter l’oriflamme
De ta favela s’activant
Entre rires et psychodrame.
Carioca, tes pleurs, ton blâme,
Sont ces tropiques émouvants
Pour qui le dissolvant est un’ came
Et l’enfant, un outil vivant,…
Ordre et progrès font le Brésil,
Finies les larmes, le grésil,
Fauves humains, faim infâme
Qui t’ont condamnée si souvent.
Car ton peuple tout dieu, tout drame,
Désormais, ira de l’avant.
Carioca, ma fleur, ma flamme,
Dans ce Sud pauvre où tout se vend,
Se dévoile un soleil levant
Pour qui fend le sol de sa lame :
L’espoir souffle sur ton Brésil.
L’avenir n’est plus dans l’exil :
Ton pays de selvas, fervent,
Où quelques possédées se pâment,
Jette, entre demain et avant,
Un pont, en fait un amalgame !

mardi 2 octobre 2012

KALÉIDOSCOPE PRINTANIER (Acrylique sur toile & collages, 96x81 cm, 2009)


KALÉIDOSCOPE  PRINTANIER

Adieu les matins crachin giflés de brume,
Les petits museaux chagrins mouillés de rhume,
Revoici le temps des fleurs !
Finies les douleurs, l’hiver met bas les armes,
Le ciel prend des couleurs et sèche ses larmes :
Revoici le temps des fleurs !

Le destin rebrode des souvenirs roses
Sur les soucis cousus à vif dans ma prose ;
Revoici le temps des fleurs.
En parfums parme, de timides violettes
Ont sorti, d’un coup, leurs nouvelles toilettes,
Revoici le temps des fleurs.

Le temps remet son sablier. Il s’égrène.
Et le vent, confus, s’oublie en ciels de traîne.
Revoici le temps des fleurs.
Les couchants en pastels, en bleus, se respirent
Enfin quand la nuit, dans un soupir, expire…
Revoici le temps des fleurs.

Bon gré, mal gré, le vieux mauvais temps s’effeuille
S’habille de boutons, de chatons, de feuilles,…
Revoici le temps des fleurs.
Les regrets ne sont plus que rosée en perles,
L’oubli est sous la cendre. Revient le merle.
Revoici le temps des fleurs.

Fuchsia et lilas, la jeunesse chansonne :
Les tétons bourgeonnent et les gars gasconnent.
Revoici le temps des fleurs.
On revit au renouveau de la nature
Et, tout le reste, n’est que littérature,
Revoici le temps des fleurs.

dimanche 30 septembre 2012

PLUIE EN PLAINE (Acrylique sur bois, 22x15 cm, 2000)

PLUIE  EN  PLAINE 

Quand la pluie que j’épie picote en paix les plaines
Elle picore aussi et mes plaies et mes peines
Ses replis dans leurs plis d’un picot accompli
Quand elle pique sans réplique mon dépit
Et plie les épis qui sans répit la supplient
Alors qu’expire la toupie des utopies
Elle me multiplie et les plaies et les peines
Quand la pluie piquette les piquets sur les plaines

vendredi 28 septembre 2012

IKEBANA (Acrylique sur toile & collages, 96x81 cm, 2010)


IKEBANA
Graviers ratissés nets comme une table.
Magnolia étoilé au port princier.
Une cour murée où trônent érables,
Cèdres élancés et vieux cognassiers,…
Tout de spires simples ou suppliciées
Honshu s’offre en images d’Épinal
Et petits cailloux d’un blanc virginal.
Bonsaï torturé, bonzes tonsurés
Et la grâce d’une grue qui s’envole
Dans les stries des vents d’un ciel azuré.
Au midi d'un temple shinto qu'isolent
Cerisiers et pommiers en fleur, frivoles,
Honshu s’offre en images d’Épinal,
Onsen, saké et drapeau national.
Une maison fragile au toit gracile,
bois, bambou teinté et papier de riz.
Tatami et futon, la vie facile.
Sushis colorés, tofu difficile,
Paravents, estampes et noirs écrits,
Honshu s’offre en images d’Épinal
Dans un éblouissement matinal. 
Le Mont Fuji enneigé au lointain.
Cerf-volant aux calligraphies savantes,
Ombrelle et kimono, des filles au teint
De porcelaine jouent les suivantes,
De complexes origamis inventent.
Honshu s’offre en images d’Épinal
Loin de Tokyô au rythme infernal.
Genévrier, corète et chrysanthème.
Un dojo. Une pagode endormie
À l’ombre des geishas aux fards trop blêmes,
Des sumotoris aux si lourds emblêmes,
Du mikado,  des shoguns ennemis.
Honshu s’offre en images d’Épinal,
Japon doré désormais marginal.
Calame en main, il compose un haïku
Pour une mousmé aux yeux en amande,
Lui, le samouraï qui aime beaucoup
Drame  et senryûs en guirlandes,
Roses bleues, ikebana de commande,…
Honshu s’offre en images d’Épinal,
Zen et jusqu’au tsunami final…