EN ROUTE POUR… LA VIE À DEUX
Cela ne fait pas très sérieux
Que de s’épouser à l’automne.
Car ça n’aimerait plus les vieux ?
C’est sûr dans une vie atone,
Que les habitudes encroûtonnent,
Ça va changer
Nos jours, plus que nos nuits gloutonnes,
Tout en dangers.
Cela va faire des envieux
Qu’on connaisse, Ma Cannetonne,
L’amour avant l’ultime adieu !
Dans un monde où le beau détonne,
Le désir de tendresse étonne.
On va manger
Notre pain blanc, des panettones
Sous l’oranger !
Que deux bouts de vie en syntone,
Hier étrangers.
Fuient le fade et le monotone
Va déranger…
LES GENS SÉRIEUX…
Les gens sérieux sont graves,
Stricts et un peu coincés.
Ils ont le regard crave,
La dent prête à grincer
L’humour un peu pincé
De ceux qui sont margraves.
Les gens sérieux sont graves
Et pas des m’as-t-vu.
Il ne font les zouaves
Que pris au dépourvu
Ou sont de la revue,
Victimes d’une entrave.
Les gens sérieux sont graves,
Réfléchis et sensés.
Le vin qui tout aggrave
Ici, sans nuancer,
Les rend, sans offenser,
Gris et jamais épaves.
Les gens sérieux sont graves,
Empesés, empoissés,…
Goûtant fort le suave
Il ne faut les froisser,
La parole émincée,
Les façons dans l’octave.
Les gens sérieux sont graves
Et pas que sur leurs vues.
N’aimant qu’on les brave
La bévue, l’imprévu,
L’impromptue entrevue,
Chacun est leur esclave.
Les gens sérieux sont graves,
Enliassés, effacés,…
Mais ces êtres me gavent
Quand ils croient bien penser,
Veulent te rabaisser,
Poucaves et pouraves.
EN ROUTE POUR… LE PURITANISME
Dans le temple résonne un chœur,
Pour le Credo créationniste.
Sous les voûtes raisonne un cœur,
C’est celui des Négationnistes,
Manichéens et Nativistes,
Car Dieu est leur
- Sexiste, activiste raciste,… -
Froid et brûleur.
S’élève la voix du Quaker
Puis celle du Mormon puriste,
Du Baptiste tout en rancœur,
De l’Amish, de l’Évangéliste,…
Dans un ensemble œcuméniste
Plaignant malheurs
Et dangers nés des Islamistes,
Des Juifs en pleurs,…
Oui, Il vaincra le djihadiste,
L’athée violeur,…
Comme il l’a fait des communistes,
Gens sans valeurs.
EN ROUTE POUR… LE CAFÉ D’À CÔTÉ
Néons blancs, silence apaisé,
Inox, ambiance sabbatique,
Le café semble amenuisé.
Où est passée cette pratique
Nous refaisant, charismatique,
À l’apéro,
Le vrai monde, et le médiatique,
Le verbe haut ?
Calme, moderne, aseptisé,
Règne du skaï, monde en plastique,
Il s’est dépersonnalisé.
Où sont passés les emphatiques
Et leurs phrases acrobatiques,
Un brin fiérots,
Drolatiques ou dramatiques,
Entre deux rots ?
Sans lieux communs systématiques
Et vieux poivrots,
Sans ta bêtise emblématique,
Tu es zéro !
AMERICAN WALK
Belle chatte docile, je vis chez Midas,
En lourd collier de strass, toute en membres graciles,
Reine au domicile d’un homme du Trias,
D’un de ces « Pleins aux as », d’un vicieux vieux fossile,…
Je suis codicille,
Pas un oiseau qui passe
Ni une imbécile
Qui n’est que fesse et face,…
J’ai une vie facile où chaque jour oscille
De liasses en glass entre la grâce et le yass,
Élégant ustensile aux cils peu indociles,
Complétant sa first class comme saumon, gambas,…
Je lui suis ancile,
Câline de race,
Caressante ancille,
“Classe” et pas salace…
Je lui suis ancile, il me veut soie et madras,
Câline de race, restant scille ou bacile,
Caressante ancille, entre champagne et blanc-cass’,
“Classe” et pas salace, mais bombe et, mieux, missile !
J’ai une vie facile,
De liasses en glass,
Élégant ustensile
Complétant sa first class…
Je suis codicille à sa vie aux jours fissiles,
Pas un oiseau qui passe et que l’on paie en cash,
Ni une imbécile dont les mots vous décillent,
Qui n’est que fesse et face, en quête d’un blackbass.
Belle chatte docile,
En lourd collier de strass,
Reine au domicile
D’un de ces « Pleins aux as »…
EN ROUTE POUR… SORTIR DU TROU
Là, vrai, il me faut réagir
Car ce ne peut pas être pire.
Spleen et stress n’ont pas à régir
Mes jours où ils font leur empire,
À boire, comme des vampires
Dans mes pensées,
Mes touts, mes riens et mes rires
Cadenassés.
Il me faut remonter, agir,
Briser les scellés, sceaux de cire
De mon vouloir, mugir, rugir,…
Monter l’escalier sans rien dire,
Sans me plaindre, geindre ou maudire
Ces « pas assez »,
Ces « trop » menant à se détruire,
À l’insensé…
Oui, il me faut me reconstruire
Sans balancer :
Une lueur là-haut va luire…
Sans nuancer !
EN ROUTE POUR… LE BOUT DE MA RUE
À mon âge, c’est un périple ;
Un long et pénible voyage,
Qui me conduit, petits pas triples,
De mon chez moi, au nettoyage,
Au boulanger, lieu d’échouage,
Ou au journal,
Quand les jeunes, dans mon sillage,
Courent sans mal…
À mon âge, on devient disciple
De la lenteur sous les feuillages,
Et des arrêts, vains et multiples,
Quand une idée vient au mouillage
Ou soudain fait appareillage.
C’est machinal,
Comme mes mots en bredouillage
Sans vrai final…
La rue est ma route, aiguillage
Au matinal
De jours tout en déshabillage,
Froids et banals…
JAPANESE WALK
La soie qui glace, lisse, et puis qui glisse, lasse,
Sur l’ombre d’un corps nu, par d’ambres accords mu…
Une des complices délasse, et se délace,
C’est la belle ingénue aux yeux baissés, émus.
Chacune se livre
Car le jeu l’aguerrit
Chacun se délivre
Sans bruit mi gai mi gris…
Vibre encore l’estampe, dans le jour qui s’estompe,
D’un vieux soldat halé, d’un jeune gringalet
Épongeant ses tempes ou d’un mari qui trompe
Son épouse en allée, un ennui trop halé…
Chacun cherche cocagne
Ou la femme alarmée
Trouve la compagne
Dans la nuit désarmée…
Chacun cherche cocagne - la fille des campagnes
Ou la femme alarmée dont l’homme est à l’armée -
Trouve la compagne qui, un soir, l’accompagne
Dans la nuit désarmée par la peur des armées.
Vibre encore l’estampe
D’un vieux soldat halé
Épongeant ses tempes
Son épouse en allée…
Chacune se livre, mieux que garce de livre,
Car le jeu l’aguerrit plus qu’il ne la guérie
Chacun se délivre, avec du savoir-vivre,
Sans bruit, mi gai mi gris. Le maq’, aux aguets, rit.
La soie qui glace, lisse
Sur l’ombre d’un corps nu
Une des complices délasse
C’est la belle ingénue…
EN ROUTE POUR… KYOTO
Un parfum, un goût d’hier
Dans un pays d’acier, de verre,
Souvenirs d’un passé trop fier,
Avec ses grandeurs, ses calvaires,
Que des Historiens, peu trouvères,
Inhument, seul,
Dans quelque livre trop sévère.
C’est votre aïeul !
On y ressuscite un hier
Jamais vraiment mort, un clavaire
Parmi les chrysanthèmes fiers :
Kimono, pagode et théière,…
Qu’enterrent de vains salivaires,
Sans un glaïeul,
La poussière d’un temps larvaire,
Pour tout linceul.
Les traditions sont primevères,
Fils de l’hangeul,
Et non la proie des archivaires
Qui les font greuls.
EN ROUTE POUR… LE SAFARI-PHOTO
Qu’importent les vents et les cieux.
Je ne viens que pour les bébêtes.
Qu’importent leurs chants et leurs vieux,
Les sueurs, fatigue et courbettes.
Je les vois pas ces mauviettes.
Ma pellicule
Non plus qui mitraille l’herbette
Ou l’édicule.
Qu’importe les gens et les lieux
Je ne viens là que pour les bêtes
Qu’importent leur sang et leurs dieux,
Qu’ils soient malades, analphabètes,…
Je ne les vois pas. Ni leur diète.
Ma pellicule
Non plus qui prend les arabettes,
Les pipicules,…
Qu’ils mangent cébette ou rabette
S’ils n'ont fécule !
Qui se soucie de mon diabète ?
Ces rididules ?!