vendredi 28 avril 2017

QU'Y PUIS-JE ? (“Polaroïd”, 2017)

QUE PUIS-JE…

« Que puis-je, Monsieur, pour votre service ? »
Je suis toujours dévoué, diligent,
À la terrasse où des écrevisses
Reluquent, nue tête, au soleil, les gens
Comme en salle où des hosties sans calice,
Commensales, m'prennent pour un novice,
Moi, qui suis un robot intelligent…
Que puis-je faire sans craindre sévices
Car l'homme est un animal affligeant
Qui ne voit toujours en l'autre que vices…

jeudi 20 avril 2017

CHAMANE (“Polaroïd”, 2017)

CHAMANE

Partout, je danse avec les esprits
Pour conjurer le sort et la misère
Dont je connais par trop, ici, le prix.
Je chante pour vous les mots de Césaire
Et je scande un sacrilège rosaire,
Malgré votre regard plein de mépris
Quand la transe me prends, là, dans ses serres
Sans charivari et sans tromperie.
Le Vaudou est ma croyance sincère, 
Et ce n'est pas une foi de faussaire.

vendredi 14 avril 2017

PHOTO VOLÉE ("Polaroïd", 2017)

PHOTO VOLÉE

Une vie en noir et blanc est vie triste !
Mettons-y quelques grains de la fantaisie
Et un brin de folie, en égoïstes,
Pour tous les les nôtres soyons ambroisie,
Déraison, inattendu, poésie,…
Tant pis pour les clichés des portraitistes
Faisons une pose de moments choisis,
D'instantanés pris, là, à l'improviste,
De passagère folie douce saisis
Pour faire sourire… Gouzi-gouzi !…

mardi 4 avril 2017

BESTIALITÉ (“Polaroïd”, 2017)

BESTIALITÉ

Pour eux, hélas, je n'étais plus un homme.
On m'a parqué, séparé des miens, 
Dans un wagon, dans le camp pour les gnomes
Fait par d'autres, dont il reste rien.
Pour nous garder, jour et nuit, des guillaumes
En vert kaki n'agissant plus en hommes :
Ils m'ont traité comme leur chien
Pour marcher, pour manger et pour mes sommes
Mais lui, parfois, ils le traitait bien…
Pestilence et mort avaient leur royaume
Dans ce temps d'hier, pas si ancien,
Où l'horreur m'a pris dans ses liens.

vendredi 24 mars 2017

SILENCE (“Polaroïd”, 2017)

SILENCE

Chut, sous les nues des rues, faisons silence !
La ville n'est que bris et bruits, lueur
Qui luit et mille ombres de circonstances.
Dans les rues nues, le ciel est en sueur
Et l'air sombre est d'intimité tueur.
Les néons rivalisent d'insolence
Et les feux clignent de l'œil, remueurs
D'humeurs qui ne sont pas à la dolente.
Chut, on se meurt dans les gaz pollueurs.
Dans cette ville qui bruit de lueurs.

mercredi 22 mars 2017

CARNAVAL EST ARRIVÉ ("Polaroïd", 2017)

CARNAVAL EST ARRIVÉ

Joies et jeux, Carnaval est arrivé !
On rit, on chante ou joue tout est liesse.
Dans les rues pas moyen de l'esquiver :
On crie, on danse ou on ploie dans la presse,
Défilés, charivari n'ont de cesse…

Joies et jeux, Carnaval est arrivé !
Masques, travestis et jets de pièces
Sur tous les pavés vont récidiver
Adieu maux, soucis et vieillesse
La ville n'est que folies, joliesse…

mardi 14 mars 2017

DE FORTES TÊTES (“Polaroïd”, 2017)

DE  FORTES  TÊTES

Courir toujours, à en perdre la tête
Après ces choses à faire, l'agenda,…
On ne sait plus où donner de la tête,
C'est à devenir bonnement fada
Si on veut encore garder sa tête
Sur les épaules et, à tout, tenir tête…

Ce monde-là va cul par-dessus tête ;
On y est des "on",  des sauve-qui-peut,
D'anonymes passants se creusant la tête
Pour exister un brin ou être un peu,
Des silhouettes se cognant la tête
Contre tous les murs et qui, las, s'entêtent…

dimanche 12 mars 2017

LES ROIS DE LA ROUTE (“Polaroïd”, 2017)

LES  ROIS  DE  LA  ROUTE

Nous sommes, amis, les rois de la route.
Des jaunes gens qui travaillons pour vous,
Que vous croisez matin sans voir, sans doute,
Et qui retardons tous vos rendez-vous,
Des quilles toujours au garde-à-vous
Que vous voudriez, d'un petit coup d'aile,
Jeter à bas car, là, on vous l'avoue
On les enverrait bien hors les ridelles
Nous aussi, ces rois chiants, voyez-vous,
Quand on roule sur la route avec vous.

samedi 4 mars 2017

L'AFFAISSÉ DU TROTTOIR ("Polaroïd”, 2017)

L'AFFAISSÉ  DU  TROTTOIR

Affalé là, je me tape la cloche ;
Je clabaude avec mon vieux clébard
Comme un cave qu'aurait un' quinte floche,
Heureux à trainer, faire des crobars
Des gens courant après leurs propres bobards.
Je n'ai même pas aux pieds de galoches.
Qu'importe : je ne suis pas un snobard.
La preuve ?… J'ai un gros sac pour valoche !
Je vous fais peur mais on a rien de loubards,
De galabards, de jobards ou de tubards…

mardi 28 février 2017

EN AVANT, LES INSTRUMENTS À VENT ! (Acrylique sur bois, 2002)

EN  AVANT,  LES  INSTRUMENTS  À  VENT !

Sous un soleil d’automne pâle,
Au kiosque vert de Bel Air
Toutes les aspirations
de l’harmonie municipale
Ne manquent pas, sur ma foi, d’air
Mais plutôt d’inspiration.

Des airs connus dont tout le monde
Avait oublié le nom sont
Joués, un peu à bout de souffle,
Pour la foule de ce beau monde,
Endimanchée qui, grand frisson,
N’était pas venue. Qué’ mistoufle !

Alors on a mis en avant,
C’est un vœu du chef tout gonflé,
Fissa-fissa, sur l’avant-scène
Les filles aux instruments à vent :
Les cuivres qu’on fait ronfler
Et les bois aux accents obscènes.

Lâchant sa grosse caisse, Émile
Se ventile les feuilles au son
De ces becs si bien embouchés,
Comme le chaland - mis dans l’mille ! -
Qui là s’arrête à l’unisson
Et sur les filles vient loucher.

Et le passant qui  ne passe plus
S’aère l’esprit jusqu’à prendre
Un vent d’épouse époustouflée.
On applaudit, on bisse et plus,
À perdre haleine ou, las, à rendre
L’âme, l’cœur désemmitouflé…

Et tout ça avant que n’expire
Le son des instruments à vent
Que le chef tout essoufflé,
Sentant bien arrivé le pire,
Avait mis, ce jour, en avant…
La musique, quel camouflet !