mardi 18 octobre 2011

AU JEU DU JE (Acrylique sur toile & collages, 110x92 cm, 2008)

 AU  JEU  DU  JE

  De l’autre côté de l’absence, sur les rives pavées de violence, des jours asymétriques de turbulence s’écoulent de lune en lune, en partance pour un demain aux contours géométriques qui ne vient jamais. Pourtant, il me relance et étrique une vie banale aux ombres envahissantes, canalise à l’envie mes desseins excentriques. L’incertitude glacée d’un avenir aux formes abstraites et pourtant si nettes invite, en dessin d’arabesques macabres, des regrets croque-morts et, en cauchemars tantriques, des remords vinaigrés.
  Jeton jeté sur le damier des souvenirs stéréotypés et des souvenances stériles, entre fond et forme, je tente ici-bas ma chance, sous les traits d’un présent trop présent, au backgammon des espérances fanées où se lézarde l’aplat des espoirs, masses tenaces de rêves fugaces. Voyant dans l’errement une perspective de mouvement et dans l’impression d’une ligne l’illusion d’une courbe, je me hasarde aussi sur l’échiquier de l’utopie sans âge et des mirages impies sous les auspices d’étoiles sans éclat et sans sillage. 
  Mais, ponctuellement, notre monde avili et déstructuré, ordonnancé sans rime ni raison depuis les fenêtres salies de l’enfance jusqu’à un mot fin pâli, en passant par la fusion d’une effusion, les bleus sableux et les cieux soucieux de l’insomnie, compose parfois un coin de paysage à la Vasarely.

dimanche 16 octobre 2011

NAÏADES À LA BAIGNADE (Pastel à l'huile, 31x24 cm, 2005)


NAÏADES   À   LA   BAIGNADE

  Sans emblème ni faconde, un jour blême vient au monde. Dans leur ronde féconde, problèmes et dilemmes que l’aurore qui pérore n’a pas endormis, s’évadent vers des cieux anxieux où les matins importuns n’offrent pas de trêve au rêve, où l’écume qui abonde cache la profondeur de la mer vagabonde. 
  L’océan qui gronde et inonde dans ses habits de vent, bat et inhume la plage hantée, comme les songes mon esprit tourmenté : désirés, ils s’avancent et se meurent à mes pieds mais quand je crois m’en saisir, ils se retirent laissant filer entre mes doigts ridés des bulles amères et salées comme des embruns.
  Dans l’opale des lames ogresses et furibondes germent, du roulis rageur des rouleaux ravageurs, des naïades girondes aux yeux de gemme, au corps de brume et aux cheveux d’écume que personne ne voit. Pudibondes, elles ne laissent que des traces brèves sur la grève que balaie le ballet des flots en allés.

vendredi 14 octobre 2011

L'ENFANT DE LA BALLE (Acrylique sur toile, 41x33 cm, 2008)


L’ENFANT  DE  LA  BALLE

  Comme dans un théâtre d’ombres, tel un fugitif furtif, il se glisse en coulisse, le pas longuet et l’oreille aux aguets. Saltimbanque dans l’âme, il est l’heureux captif d’un monde festif où il fera carrière dans la lumière. Il contemple la piste, où il joue parfois les lampistes, cette arène sereine de sciure et de sueur où les paillettes virevoltent et les paillasses se révoltent. sous des myriades de pléiades.
  Assis sur l’une de ces malles qu’on déballe à l’huis du jour et qu’on remballe après la mi-nuit, il rêve les yeux grands ouverts sur son univers - artiste clarinettiste, acrobate automate, pantin pantelant ou lutin mutin,… Et s’il est clown d’un jour, il restera enfant pour toujours nous emmiellant le cœur et l’âme, nous faisant frissonner ou nous charmant le temps d’un instant d’éternité retrouvé.

mercredi 12 octobre 2011

AIGRE MARINE (Pastel à l'huile, 15x21 cm, 2005 - Collection particulière)


AIGRE  MARINE

Au milieu des clameurs, des cris et des rumeurs,
Mon âme de rimeur remue sa mâle humeur :
 Comme la mer prisonnière d’un coquillage,
En moi, les mots, les mois, les maux, l’émoi voyagent,
Roulent à fond de cale et puis s’envolent volages
Vers d’autres rivages, des chimères sans âge,…

L’écume secouée, se meut et puis se meurt
Sur ces chairs échouées, rochers si peu charmeurs…
Bateau désemparé condamné au mouillage,
Ensablé à jamais par l’éternel étiage,
Seule l’encre jetée m’offre un frêle sillage,
Des rêves d’horizon, mais sans appareillage…

lundi 10 octobre 2011

HIER AU SOIR (Acrylique sur bois, 22x15 cm, 2000)


HIER  AU  SOIR…
Cycle toulousain

Brique rose et tuiles rouges
Ont perdu tout leur éclat
Dans l’air lourd où rien ne bouge
Que le passant suant et las,
Sous ce ciel de suie si bas
Que sa seule vue vous abat…
Quittant son bureau, sa boîte,
La foule file à son train,
Pour son auto coite et moite.
Oui, le rire a moins d’entrain
Quand l’orage, ici, menace :
On le sait fourbe et tenace !
Devenue plus fière et froide,
Garonne roule galets,
Cogne et rogne les pieds roides
Des pont, sur elle affalés ;
Quiète et tiède de coutume
Elle écume, elle s’embrume…
Le ciel pègue au sol et pèse.
Le tonnerre est dans le ton
De voix soudain mal à l’aise,
D’ans l’averse de jurons,…
Une goutte,… et deux… puis trois
Desserrent l’étau étroit.
Déchirant leurs oripeaux,
Les nues nous lavent la ville
Qu’a les nerfs à fleur de peau,
Tambourinent, inciviles,
Mais j’ai le soleil au cœur
Quand les cieux pleurent en chœur !
L’éclair, trop clair, aveuglant
Ne vient pas. La pluie, seule,
Tombe en trombe et va, cinglant
Canal et canés ; puis gueule
La rumeur qui roule aquo,
Se déroulant en échos…
Brique rose et tuiles rouges
Ont retrouvé leur éclat
Dans les rues où rien ne bouge
Que des impers pressés, là,
Ou des parapluies, ici,
Sous ce grain-ci qui grossit…

samedi 8 octobre 2011

SUR LE PONTON (Dessin à l'encre, 10,5x16,5 cm, 2005)


SUR  LE  PONTON

Tout contre un horizon plat d’océan gris,
Sous un ciel bas aux goélands aigris,
Trois naïades, les châsses chasseresses,
Admirent de trois surfers les prouesses :
Eux, ils se déchaînent sur les rouleaux
Pour épater un peu ce populo
De bikinis en transit et en transe
Devant tant d’adresse et tant d’assurance…

C’est pour cela qu’ils sont ici, en rallye,
Et qu’ils s’enchaînent encore au roulis
Car, ce soir, ils auront de ces drôlesses
Les libéralités et les largesses…

jeudi 6 octobre 2011

KALÉIDHOROSCOPE (Acrylique sut toile & collages, 73x60 cm, 2008)

KALÉIDHOROSCOPE

Nulle bonne étoile, sur mon berceau,
Ne s’est penchée ni n’a versé de piastres ;
Elle préférait, sans doute, les Verseaux.
Je suis né sous une conjonctions d’astres,
Avec lunaire amalgame en rinceau,
 Qui était annonciateur de désastres.

Je le trouve bien mesquin, le destin !
Si l’on juge par mon horoscope,
Je suis un péquin. Donc, point de festin !
J’ai beau scruter le ciel au télescope,
Depuis le soir jusqu’au petit matin,
Point de Providence, il faut que j’écope !

De cahots en chaos, ma vie s’entête.
Errant dans le grand bazar du hasard,
L’avenir n’en fait toujours qu’à sa tête,
Me voulant plutôt gueusard qu’aux beaux-arts.
La Parque aux noirs desseins, aux goûts d’esthète,
Ne m’a pas fait Pizarre ni Mozart.

Obscure astronomie astrologique,
Aucun augure ne m’a rien promis :
Mes planètes s’alignent sans logique,
Convergent et divergent en semis
Par la grâce de mouvements tragiques
Qui distillent leur solaire alchimie.

Je connais la céleste mécanique,
Mesure et prévois ses évolutions,
Car je sais ses dynamiques uniques
Et ses parcours, et ses révolutions,…
Les Euménides sont parfois iniques
Envers qui a l’espoir d’une ambition.

Or, dans tout almanach, vaille que vaille
Pluton, Saturne, Neptune, Vénus,
Promettent sans faille quelque ripaille
Et chance. Même aux ratés, aux minus.
Sans émoi, ils me laissent sur la paille,
Jupiter, Mercure, Mars, Uranus !

Unis, les fragments épars de mon thème
Oscillant entre zénith et zéro,
 Composent un insolite système
Où les muses s’amusent, allegro,
À faire fleurir de vifs chrysanthèmes
Quand je me voudrais artiste ou héros.

Mes jours suivent, en arabesque, leur course
Perdue, pendus au pendule du temps.
Déchiffrer Demain, parfois, me ressource.
Carrés, les auspices omnipotents,
Malgré des calculs repris à la source,
Ne changent pas d’optique pour autant.

mardi 4 octobre 2011

SPECTACLES DE RUE (Construction, 31x22x27 cm, 2007)


SPECTACLES  DE  RUE

  Tout près de la prison qui matonne le décor, sur un parvis apprivoisé, la ville sans horizon se donne en spectacles improvisés : qui y passe oublie l’adversité dont nos jours semblent le réceptacle pour un peu d’évasion, de complicité sans duplicité, d’instants d’authenticité…
  Un justaucorps aux couleurs de feu saute, bondit par jeu et voltige dans une nature de verre froidi et d’acier poli. Les arabesques de son corps et ses torsions plus incroyables encore, animent un squelette gris d’une vie qui va jusqu’au vertige. Ces dards, qui banderillent le bitume battu par nos pas, sont les vestiges d’une « œuvre d’art » que plus personne ne voit.
  Un petit rat échappé de l’Opéra, ignorant le ballet heurté mais réglé des voitures captives de feux, pirouette sur la scène d’une rue sans perspective. Elle offre, avec grâce ses entrechats et ses pointes aux devantures de magasins aveugles comme aux yeux des caméras vigilantes.
  Toute en jupes, une gitane rallume ici un temps la flamme du flamenco pour des murets de béton muets tout en arrêtes, pour la presse de passants chez qui ces échos n’éveillent plus rien. Non loin d’elle, une enfant, aux yeux de faon, marelle sur le noir du trottoir, marquant par ses sauts hors du temps le tempo trempé de la java des villes ; son solitaire pas de deux sert de remontoir à la valse lente et quotidienne des chalands tristes vêtus de noir. 
  Ailleurs, le vibrato d’un tango qu’un gypsy d’Issy bandonéonne. Une brunette sans-bas qui fait, samba sans joie, les cent-pas dès la brune, invite à la bossa un bosseur bossu. Elle étonne en fredonnant et swinguant, oubliant ses appâts et ses apprêts, un jazz manouche dont le refrain fait mouche.
Auprès de la prison qui bétonne notre décor, sans publicité ni raison s’offrent à notre cécité mille et uns spectacles tout en simplicité et en vivacité : qui sait les savourer sans y voir un inutile obstacle qui nuit à la marche de ses jours et de ses nuits, oublie un temps que la vie des villes n’est que vélocité et rapacité…

dimanche 2 octobre 2011

FÊTE EN MAI (Acrylique sur bois, 22x15 cm, 2000)


FÊTE   EN   MAI
Cycle pyrénéen

Depuis toujours, au mois de mai,
Les yeux bleus des cieux qui brillent
Annoncent, à tous, l’émoi d’aimer.
L’oiseau qui, à nouveau, trille
Sous la futaie  désembrumée,
Rappelle à tous les joyeux drilles
Que le printemps va réclamer
L’air de la fête et du quadrille…

Adieu chaussons
La vielle vrille 
Les premiers sons
D’un vieux quadrille
Pour les bons gars
Pour les goujats
C’est le quadrille
Qui vous aiguille
Les jeunes filles
En espadrilles
Car le quadrille
Oui ça titille
Gare aux dégâts
Où ça déjà
Sous la charmille 
Et ses chatons
C’est le quadrille
Dansons Chantons

La musique a tout ranimé
Et vidé le Bar de l’Escadrille,
Rassemblant le bourg clairsemé :
Mêm’ les mémées, sous leur mantille,
Sont venues pour s’enthousiasmer ;
Les joueurs de manille en famille
Aussi, se sont décostumés,
Pour fêter Mai et le quadrille…

Près des buissons
Tout ça fourmille
Chantons dansons
C’est le quadrille
Mieux qu’le ragga
Mieux qu’le jaja
C’est le quadrille
Qui émoustille
Tout’ les filles
En espadrilles
C’est le quadrille
Qui vous étrille
Les vieux gagas
Buveurs d’orgeat
Qui s’déshabillent
Foin du veston
C’est le quadrille
Dansons Chantons

Comme toujours, au mois de mai,
Entre nous point d’escarbille
Bien que la joie ait enflammé
Les drôlettes et les Mascarille…
Ils ont tous trouvé à charmer,
Qui un garçon, qui une fille,
Qu’ils marieront sous la ramée
Sur l’air endiablé du quadrille…

Chantons dansons
Qui vous décille 
À sa façon
Gare à vos quilles
Gare aux nougats
Ça crie déjà
C’est le quadrille
Tous aux chevilles
Des belles filles
En espadrilles
Pour ce quadrille
On échenille
Les seringas
Fleurant déjà
Sous les ramilles
Dansons Chantons
C’est le quadrille
Vas-y Tonton
C’est le quadrille
Que nous fêtons